E.WEIDMANN

Qui était Eugen WEIDMANN ? Il était jeune. Il était beau. Il a reconnu avoir commis au moins cinq meurtres et participé à un sixième, entre juillet et décembre 1937. Il aurait eu 100 ans le 5 février 2008. Mais sa vie s’est brutalement arrêtée, devant la prison Saint Pierre de Versailles, le 17 juin 1939 à 4 heures 32 du matin, sous le couperet de la guillotine. D’origine allemande, né à Francfort-sur-le-Main, ses concitoyens l’ont totalement oublié de nos jours. Mais si l’on se souvient encore du nom d’Eugen WEIDMANN en 2009 en France, c’est surtout pour la place qu’a tenue involontairement cet homme, dans l’histoire de la peine de mort dans notre pays, plus que pour les crimes dont il a répondu devant la Cour d’Assises de Versailles au mois de mars 1939, peu avant le début de la seconde guerre mondiale. En effet, les exactions attribuées à la foule à cette occasion ont conduit le président du Conseil de cette époque, Edouard DALADIER, à demander à Albert LEBRUN alors Président de la République à ce que celle-ci ne soient autorisée désormais qu’à l’intérieur des établissements pénitentiaires, ce qui interviendra dès le 24 juin suivant. Eugen WEIDMANN, était-il un « Dandy à la sanglante dérive, au temps du front populaire » comme l’annonce le sous-titre de l’ouvrage (1) que lui a consacré en 1989, un grand reporter à France-Soir, Roger COLOMBANI ? Etait-il « Beaux Ténèbres », soumis à la pulsion du mal, dont son avocate aurait été amoureuse, comme le décrit Michel FERRACCI-POGGI ? Un agent nazi chargé, en 1937, de déstabiliser la France ou d’infiltrer les réseaux d’émigrés allemands ? Un terroriste affilié à un réseau juif anti-hitlérien ? A-t-il commis d’autres meurtres que ceux pour lesquels il fut condamné et, en particulier le sixième meurtre, celui de Roger LEBLOND, pour lequel la justice n’a finalement pas tranché entre sa responsabilité et celle de Roger MILLION, son complice et ami de l’époque ? Pour cet homme et ses complices : Roger MILLION, Jean BLANC, Eric FROMMER (compatriote d’Eugène WEIDMANN que ce dernier assassinera également) et Colette TRICOT, le vol a-t-il été le seul et piètre mobile ? La somme totale qu’ils en récupèreront sera de 15 700 francs en espèces, plus 500 dollars en traveller’s chèques pris à Jean de KOVEN, un mandat de 1200 francs et une bague dérobés à Jeannine KELLER, la voiture de Joseph COUFFY, un stylo en or et une montre-bracelet pris sur le cadavre de Roger LEBLOND, et enfin un briquet en or pris à Raymond LESOBRE ainsi que son véhicule (2). Ou bien, Eugen WEIDMANN a-t-il tué tout simplement par orgueil, pour s’identifier aux plus grands criminels ? Les journaux de l’époque ne parlent que de complots, de La Cagoule (groupe terroriste, dissident de l’Action Française, lié aux dictatures italienne et allemande qui l’inspiraient, et semblant prêt à tout pour déstabiliser le régime républicain et l’abattre). Dans un tel contexte, les services secrets français se sont immédiatement intéressés à l’arrestation de cet homme, dont les journaux de l’époque se demandaient s’il était un espion nazi (son père s’était affilié au N.S.D.A.P. le jour même où Eugen quitta l’Allemagne pour la France), un homme de main utilisé comme tueur, un agitateur installé en France par nos ennemis de l’époque, formant peut-être avec ses complices un groupe d’intervention comme il en existait chez les cagoulards. En juin 1940, lorsque la Wehrmacht envahit la France, la justice militaire allemande ordonnera que le dossier WEIDMANN soit récupéré. Des agents de la Gestapo se rendent alors au Palais de Justice, puis chez les avocats qui avaient été commis d’office pour la défense de ce meurtrier, où ils perquisitionnent à la recherche du dossier judiciaire d’Eugen WEIDMANN. L’un de ses avocats, Maître Jean RAOULT, avait eu la bonne idée, avant de partir au Front, de cacher les documents en sa possession dans le coffre à jouets de ses enfants. Les Allemands n’auront pas l’idée de le fouiller. Ceux-ci mirent cependant beaucoup d’acharnement à rechercher ce dossier, jusqu’en Corse où s’était réfugié Maître de MORO GIAFFERRI, un autre de ses avocats, et à détruire les pièces éparses qu’ils retrouvèrent. Pourquoi un tel empressement ? Craignaient-ils que ce dossier ne contienne des documents compromettants pour le régime Nazi ? ou désiraient-ils seulement effacer toute trace d’une série de crimes commis par un Aryen. À quel registre psychopathologique peut-on rattacher les actes d’Eugen WEIDMANN ? Etait-il un « monstre » comme l’ont dit les journaux de l’époque ? Un simple psychopathe ? Un homme ayant « une perversité des instincts qui l’éloigne du bien » comme l’a dit, lors de son procès, le Docteur GENIL-PERRIN, un des psychiatres célèbres qui l’ont expertisés ? Sa responsabilité est-elle atténuée par les anomalies morales de sa personnalité, comme le dira un autre expert nommé dans cette affaire, le Professeur CLAUDE ? Etait-il « un homme atteint de perversion morale, et donc anormal sur le plan affectif », comme tentera de l’expliquer le Docteur ALLENDY, convoqué à la barre par Maître de MORO GIAFFERRI ? Souffrait-il d’hystérie comme l’évoquera beaucoup plus tard, dans son livre intitulé « Les pas du proscrit », Maître Renée JARDIN, seule avocate du sexe féminin dans cette affaire ? Ou bien, si le terme de « Serial Killer » avait existé à cette époque, l’aurait-on retenu pour décrire cette série de meurtres ? En tant que psychiatre, je me suis proposé d’étudier dans ce travail la personnalité complexe d’un tueur allemand en France ayant commis ses crimes dans une époque extrêmement troublée, à la veille du déclenchement de la seconde guerre mondiale.

(1) L’affaire WEIDMANN, par Roger COLOMBANI

(2) Pour comparaison, en 1937, un kilo de beurre coûte 16 francs 15, le beefsteak 23 francs 75 le kilo, le pain 1 franc 80, et le Journal hebdomadaire Détective 1 franc 50. Et, très rapidement, ces prix vont terriblement augmenter.

(3) La monstrueuse affaire WEIDMANN, Histoire sociale, de Georges Oubert, Max Roussel et Marcel Guillaume, Editions DENOËL, 1939 (ouvrage épuisé)

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