Dans l’affaire WEIDMANN la foule n’est pas présente là où on la décrit habituellement.

La foule est bien présente tout au long de ce que l’on a nommé l’affaire WEIDMANN.

On venait voir la maison du tueur en promenant le chien, ou bien encore le dimanche avec ses enfants, et à chaque sortie de prison pour une reconstitution les gens se pressaient pour au moins entrapercevoir celui dont les journaux parlaient tant, en cette période troublée d’avant –guerre.

Les photos, les articles qui ont fait de cette affaire un véritable feuilleton pour que les lecteurs achètent leurs journaux, dans la hâte des journalistes à créer du sensationnel vont avoir une conséquence étonnante. En effet, celle-ci va entraîner nombre d’erreurs sur ce que l’on va raconter. Jusqu’au très sérieux ouvrage le Quid qui, encore actuellement, le prénomme Charles plutôt qu’Eugen, le confondant avec un danseur américain qui fut son contemporain. Cela ne manque pas de piment quand on sait qu’il a commencé sa carrière de tueur en étranglant une jeune danseuse américaine. On en fait un gaucher ce qui n’est pas sans importance puisqu’il existe toute une discussion pour savoir si l’impresario LEBLOND a été tué par la balle tirée par un droitier ou par celle tirée par un gaucher. Mais le gaucher c’est en fait MILLION, les analyses graphologiques de l’écriture de WEIDMANN n’en font absolument pas état.

Les journaux parlent longuement de lui, de sa famille, « de ses amis », comme ils disent, avançant des arguments parfois totalement fallacieux, évoqués dans un journal et retranscrits ensuite dans d’autres qui n’avaient pas plus vérifié leurs sources d’information que leur collègues. Un personnage « WEIDMANN » est ainsi créé, que l’on voudra venir voir à son procès, personnage que d’aucuns et surtout d’aucunes trouvent fort séduisant, lui envoyant en prison des fleurs et des lettres passionnées. « Elles sont folles » commentera WEIDMANN auprès de son avocate Renée JARDIN.

Mais lors de son exécution il y aura bien sûr quelques personnes, venues en goguette, retenues à distance de la guillotine par un cordon de Police, mais cette foule modérée ne fera pas scandale comme on l’a dit. D’ailleurs où aurait on pu mettre 20 000 personnes sur la petite place Louis BARTHOUX devant la prison Saint Pierre, à 50 mètres de la guillotine comme le voulait la réglementation en vigueur.

Il n’y a pas eu de confusion possible entre l’heure d’hiver et l’heure d’été puisque cette dernière était depuis deux mois déjà en vigueur. Le couperet est tombé à l’heure prévue sur les laisser passer des avocats. Et si quelques bouchons de champagne ont bien sûr dû sauter aux fenêtres des hôtels voisins, les films tournés par des amateurs inconnus qui se sont installés dans des lieux privés pour braver l’interdiction de filmer des exécutions dans des lieux publics, ne montrent pas plus de foule que de femmes venues tremper leur mouchoirs dans le sang du condamné se constituant ainsi des reliques sensées leur apporter bonheur en amour et fertilité ce qu’a immortalisé Claude CHABROL dans son film Les bonnes femmes.

L’auteur du livre « le métier du bourreau » Jacques DELARUE, que j’ai rencontré, me l’a confirmé. Et Paul RENAUDON qui pourtant a mitraillé pas à pas l’avancée du condamné vers la machine de mort, réalisant une série de photos qui seront plus tard publiées dans Life version Oversea, n’a fait strictement aucune photo de cette foule. Même celle qui représente en finale deux hommes en train de démonter la guillotine ne montre pas les tricoteuses assoiffées du sang humain légalement répandu.

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A propos CARRE-ORENGO

Psychiatre intéressée par la criminologie et la personnalité des criminels
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