Comment le voyaient des auteurs célèbres de son époque

bel Eugen 

 « Weidmann vous apparut dans une édition de cinq heures, la tête emmaillotée de bandelettes blanches, religieuse et encore aviateur blessé, tombé dans les seigles un jour de septembre pareil à celui où fut connu le nom de Notre-Dame-des-Fleurs. Son beau visage multiplié par les machines s’abattit sur Paris et sur la France, au plus profond des villages perdus, dans les châteaux et les chaumières, révélant aux bourgeois attristés que leur vie quotidienne est frôlée d’assassins enchanteurs, élevés sournoisement jusqu’à leur sommeil qu’ils vont traverser, par quelque escalier d’office qui, complice pour eux, n’a pas grincé. Sous son image, éclataient d’aurore ses crimes : meurtre 1, meurtre 2, meurtre 3 et jusqu’à six, disaient sa gloire secrète et préparaient sa gloire future. »

 

Jean Genet Introduction de Notre dame des fleurs

  • Editions l’Arbalète, 1948.

Eugen_Weidmann_after_arrest

« Madame,

… Je n’ai aucune prévention romantique en faveur des assassins. Mais il me semble que, passé un certain degré dans l’horreur, le crime se rapproche de l’extrême misère, aussi incompréhensible, aussi mystérieux qu’elle. L’une et l’autre mettent une créature humaine hors et comme au-delà de la vie.`

J’ignore tout du misérable que vous assistez. Mais il est impossible de regarder sans une espèce de terreur religieuse les admirables photographies de « Paris soir », particulièrement celle du mardi 14, qui est, entre deux braves têtes de gendarmes quelconques, l’image même de la solitude, d’un surnaturel abandon. Je dînais ce soir-là dans un monastère proche de Toulon, et je répétais aux religieux qui me tenaient compagnie et qui ignoraient cet effrayant fait divers, la parole que les journalistes mettent – faussement d’ailleurs peut-être – dans la bouche d’Eugène Weidmann (« C’est parce que vous me parlez avec douceur… »).

Je ne vous rapporterai pas notre conversation, qui s’est prolongée bien tard dans la nuit. Qu’un enfant ait pu venir au monde avec ce signe invisible déjà écrit sur son front, cela doit fournir le prétexte à beaucoup d’ingénieuses hypothèses de la part des psychologues ou des moralistes. Je ne suis pas psychologue et encore moins moraliste, étant chrétien. Une telle pensée n’éveille en moi que le sentiment déchirant, déchirant jusqu’à l’angoisse, et au-delà de l’angoisse, déchirant d’une espérance à peine concevable : – la solidarité de tous les hommes dans le Christ.

C’est à vous, Madame, que je remets le soin d’exprimer ou de taire à Eugène Weidmann ma pensée et celle de mes amis moines. Pour moi, je ne lui apporte pas grand-chose. Je voudrais qu’il fût capable de comprendre que des religieux dans leur solitude, font mieux que de le plaindre, prennent fraternellement désormais une part de son épouvantable fardeau. »

Lettre de Georges BERNANOS à Maître Renée JARDIN

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« En votre âme et conscience »

Dès les débuts de la télévision, dans le cadre d’une série d’émissions consacrée chaque fois à une grande affaire judiciaire passée et déjà jugée, Pierre DUMAYET exposait celle-ci au public puis proposait à la défense de venir à nouveau plaider, laissant aux téléspectateurs le rôle de jurés afin qu’ils rejugent cette affaire « en leur âme et conscience » ce qui avait donné le titre de l’émission. Pierre DESGRAUPES, Pierre DUMAYET et Claude BARMA ont ainsi, en 1957, porté sur le petit écran une sorte de remake du procès d’Eugen WEIDMANN à Versailles, joué comme une pièce de théâtre en plusieurs actes avec de vrais acteurs. Les archives de l’INA l’ont rendu disponible sur You Tube à l’adresse URL suivante : http://www.ina.fr/video/CPF86633202

Les auteurs de l’émission « En votre âme et conscience » n’avaient pas obtenu du ministre de l’information la levée de l’interdiction de filmer dans un palais de justice. Aussi ils avaient fait construire une salle d’audience dans le studio 12 du Centre Barthélémy des Buttes Chaumont (Cf « L‘art de la télévision – histoire et esthétique de la dramatique télévisée » par Gilles Delavaud)

Pierre DESGRAUPES qui présente l’émission concernant l’affaire Weidmann explique en prologue qu’il a volontairement choisi de ne pas représenter, dans ce téléfilm, les grands avocats du barreau qui y ont participé mais seulement WEIDMANN dont le nom véritable est donné et ses coéquipiers Roger MILLION, Jean BLANC et Colette TRICOT dont il a changé les noms par respect pour leurs descendants. Mais on a envie de sourire devant les pseudonymes qu’il leur a choisis : Roger MILLION s’appelle dans ce téléfilm MILLIARD, Jean BLANC devient Jean NOIR et Colette TRICOT (qui de son vrai prénom s’appelait Renée mais se faisait appeler Colette) se nomme Colette GILET…   Laurent TERZIEFF, auteur d’origine russe, y joue le Rôle de WEIDMANN. Il est alors âgé de 22 ans. Marcel CARNE le remarquera dans cette interprétation excellente qu’il fait d’une voix rocailleuse que l’on imagine facilement être celle d’un sujet de langue maternelle allemande. Ce sera le début de la carrière de Laurent TERZIEFF qui interprétera l’année suivante le rôle d’Alain dans le film « Les tueurs » et restera une grande vedette de théâtre, de cinéma et de théâtre pour la télévision jusqu’à son décès le 2 juillet 2010 à Paris. et comme l’on a à notre connaissance aucun enregistrement de la voix réelle d’Eugen WEIDMANN, on l’imagine facilement avec les intonations que lui donne ce grand acteur.

En effet, ce que l’on a généralement oublié c’est que les émissions de télévision étaient alors tournées en direct. « ( Claude) Barma , et après lui, Jean Prat, ont parfaitement compris que le réalisme de la télévision exigeait une vraisemblance supplémentaire de leurs interprètes et que cette vraisemblance ne serait obtenue d’abord qu’au prix d’une sélection extrêmement soigneuse des acteurs en fonction des personnages qu’ils doivent incarner, ensuite et surtout d’un renouvellement perpétuel de la quasi totalité de la distribution . N’eussent été le générique et un ou deux visages reconnus, le spectateur n’aurait pas pu se croire en présence d’acteurs. (…) La France ne produit par an 3 films aussi intelligemment distribués qu’ En votre âme et conscience » nous dit à ce propos A. Bazin dans la revue Radio, Cinéma, Télévision du 3 novembre 1957.

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Ses avocats

Eugen WEIDMANN bien que, n’ayant eu de toute sa vie pas un sou devant lui, a été défendu devant le tribunal de Versailles par plusieurs avocats, tous nommés d’office et qui n’eurent pour seule rémunération que le bruit médiatique fait par cette affaire qui occupa beaucoup les journaux de l’époque. Tout d’abord, Maître Roger PLANTY, alors Bâtonnier. Il s’est désigné lui-même ainsi que deux jeunes de ses collègues, Maître Jean RAOULT et Maître Renée JARDIN qui n’était jamais la dernière pour se mettre en avant. Elle disait volontiers avoir été choisie par WEIDMANN. Elle fut certainement fort appréciée par celui-ci qui l’appelait « Maître chérie » dans certains de ses courriers mais la seule demande de WEIDMANN lors de son incarcération a été d’être défendu par une femme. Or, à cette époque où très peu de personnes du genre féminin occupaient des postes officiels en France, elle était la seule femme officiant au barreau de Versailles.

 Sur les conseils de Maître LANGE, avocat à Francfort sur le main et ami de la famille, la mère d’Eugen WEIDMANN voulait y adjoindre Maître FLORIOT, mais son fils refusa absolument, malgré l’insistance de ce dernier.

Maître RAOULT dans ses notes personnelles qualifiera son client :   « d’individu énigmatique »,  « déroutant »,  à la fois « faible et orgueilleux » qui fait « les pires bêtises » et a « des sentiments qui l’honorent ». Il interviendra peu avant le procès en demandant au nouvel aumônier de la prison de venir réconforter et aider son client.

Maître Renée JARDIN le décrivait ainsi : « J’étais jeune, il était beau, d’une élégance naturelle,  plein d’allure. C’est vrai qu’il me faisait une forte impression ». Ses confrères pensent à l’époque « qu’il lui a tapé dans l’œil ». Elle lui consacrera tout son temps libre, sinon pour lui éviter la guillotine, mais du moins pour sauver son âme. Ils vont ainsi se parler « honnêtement » d’amour avec la bénédiction de l’évêque de Versailles qui a conseillé à Maître JARDIN de « préparer l’âme » de son client et de « lui apporter la consolation de la foi ».

En mai 1938, Maître Vincent de MORO GIAFFERRI, rejoindra la troupe des défenseurs. Agé de 61 ans, vieux routier des prétoires, il était célèbre   pour avoir défendus entre autres Dieudonné de la bande à BONNOT en 1913, puis le célèbre  Henri Désiré LANDRU, guillotiné en 1922, ainsi que le militant communiste bulgare Georgi Mikhailov DIMITROV, l’un des auteurs prétendus de l’incendie du Reichstag à Berlin dans la nuit du 27 au 28 février 1933.

 La publicité faite sur l’ affaire WEIDMANN sera énorme, reprise à l’unisson par les divers journaux français de l’époque, quotidiens ou hebdomadaires, qui jouaient alors le rôle maintenant tenu par le journal télévisé, ainsi que par divers journaux étrangers.

 Quelques années plus tard, en 1944, Maître Renée JARDIN sera obligée de quitter la France où elle sera condamnée par contumace pour faits de collaboration avec l’occupant et rayée de l’Ordre des Avocats. Réfugiée aux états unis après un long séjour dans un monastère, où elle nous dit avoir souffert de « dépression mélancolique »,  elle épousera Hans BIRNIE, professeur à Stanford en Californie, auprès de qui elle vivra pendant une vingtaine d’années. Amnistiée par décret du Président de la République elle s’expliquera de ces faits dans son livre « Les pas du proscrit » publié en 1964. Hans Bernie décèdera peu après leur retour en Europe et elle-même terminera ses jours à Clarens en Suisse

 

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Qui était Eugen WEIDMANN ?

Il était jeune. Il était beau. Il a reconnu avoir commis au moins cinq meurtres et participé à un sixième, entre juillet et décembre 1937.

Il aurait eu 100 ans le 5 février 2008. Mais sa vie s’est brutalement arrêtée, devant la prison Saint Pierre de Versailles, le 17 juin 1939 à 4 heures 32 du matin, sous le couperet de la guillotine.

D’origine allemande, né à Francfort-sur-le-Main, ses concitoyens l’ont totalement oublié de nos jours. Mais si l’on se souvient encore du nom d’Eugen WEIDMANN en 2009 en France, c’est surtout pour la place qu’a tenue involontairement cet homme, dans l’histoire de la peine de mort dans notre pays, plus que pour les crimes dont il a répondu devant la Cour d’Assises de Versailles au mois de mars 1939, peu avant le début de la seconde guerre mondiale. En effet, les exactions attribuées à la foule à cette occasion ont conduit le président du Conseil de cette époque, Edouard DALADIER, à demander à Albert LEBRUN alors Président de la République à ce que l’application de la peine capitale ne soit autorisée désormais qu’à l’intérieur des établissements pénitentiaires, ce qui interviendra dès le 24 juin suivant.

Eugen WEIDMANN, était-il un « Dandy à la sanglante dérive, au temps du front populaire » comme l’annonce le sous-titre de l’ouvrage (1) que lui a consacré en 1989, un grand reporter à France-Soir, Roger COLOMBANI ? Etait-il « Beaux Ténèbres », soumis à la pulsion du mal, dont son avocate aurait été amoureuse, comme le décrit Michel FERRACCI-POGGI ? Un agent nazi chargé, en 1937, de déstabiliser la France ou d’infiltrer les réseaux d’émigrés allemands ? Un terroriste affilié à un réseau juif anti-hitlérien ?

A-t-il commis d’autres meurtres que ceux pour lesquels il fut condamné et, en particulier le sixième meurtre, celui de Roger LEBLOND, pour lequel la justice n’a finalement pas tranché entre sa responsabilité et celle de Roger MILLION, son complice et ami de l’époque ?

Pour cet homme et ses complices : Roger MILLION, Jean BLANC, Eric FROMMER (compatriote d’Eugène WEIDMANN que ce dernier assassinera également) et Colette TRICOT, le vol a-t-il été le seul et piètre mobile ? La somme totale qu’ils en récupèreront sera de 15 700 francs en espèces, plus 500 dollars en traveller’s chèques pris à Jean de KOVEN, un mandat de 1200 francs et une bague dérobés à Jeannine KELLER, la voiture de Joseph COUFFY, un stylo en or et une montre-bracelet pris sur le cadavre de Roger LEBLOND, et enfin un briquet en or pris à Raymond LESOBRE ainsi que son véhicule (2).

Ou bien, Eugen WEIDMANN a-t-il tué tout simplement par orgueil, pour s’identifier aux plus grands criminels ?

Les journaux de l’époque ne parlent que de complots, de La Cagoule (groupe terroriste, dissident de l’Action Française, lié aux dictatures italienne et allemande qui l’inspiraient, et semblant prêt à tout pour déstabiliser le régime républicain et l’abattre). Dans un tel contexte, les services secrets français se sont immédiatement intéressés à l’arrestation de cet homme, dont les journaux de l’époque se demandaient s’il était un espion nazi (son père s’était affilié au N.S.D.A.P. le jour même où Eugen quitta l’Allemagne pour la France), un homme de main utilisé comme tueur, un agitateur installé en France par nos ennemis de l’époque, formant peut-être avec ses complices un groupe d’intervention comme il en existait chez les cagoulards.

En juin 1940, lorsque la Wehrmacht envahit la France, la justice militaire allemande ordonnera que le dossier WEIDMANN soit récupéré. Des agents de la Gestapo se rendront alors au Palais de Justice, puis chez les avocats qui avaient été commis d’office pour la défense de ce meurtrier, où ils perquisitionnèrent à la recherche du dossier judiciaire d’Eugen WEIDMANN. L’un de ses avocats, Maître Jean RAOULT, avait eu la bonne idée, avant de partir au Front, de cacher les documents en sa possession dans le coffre à jouets de ses enfants. Les Allemands n’auront pas l’idée de le fouiller. Ceux-ci mirent cependant beaucoup d’acharnement à rechercher ce dossier, jusqu’en Corse où s’était réfugié Maître de MORO GIAFFERRI, un autre de ses avocats, et à détruire les pièces éparses qu’ils retrouvèrent. Pourquoi un tel empressement ? Craignaient-ils que ce dossier ne contienne des documents compromettants pour le régime Nazi ? ou désiraient-ils seulement effacer toute trace d’une série de crimes commis par un Aryen?

À quel registre psychopathologique peut-on rattacher les actes d’Eugen WEIDMANN ? Etait-il un « monstre » comme l’ont dit les journaux de l’époque ? Un simple psychopathe ? Un homme ayant « une perversité des instincts qui l’éloigne du bien » comme l’a dit, lors de son procès, le Docteur GENIL-PERRIN, un des psychiatres célèbres qui l’ont expertisés ? Sa responsabilité est-elle atténuée par les anomalies morales de sa personnalité, comme le dira un autre expert nommé dans cette affaire, le Professeur CLAUDE ? Etait-il « un homme atteint de perversion morale, et donc anormal sur le plan affectif », comme tentera de l’expliquer le Docteur ALLENDY, convoqué à la barre par Maître de MORO GIAFFERRI ? Souffrait-il d’hystérie comme l’évoquera beaucoup plus tard, dans son livre intitulé « Les pas du proscrit », Maître Renée JARDIN, seule avocate du sexe féminin dans cette affaire ?

Ou bien, si le terme de « Serial Killer » avait existé à cette époque, l’aurait-on retenu pour décrire cette série de meurtres ?

En tant que psychiatre, je me suis proposé d’étudier dans ce travail la personnalité complexe d’un tueur allemand en France ayant commis ses crimes dans une époque extrêmement troublée, à la veille du déclenchement de la seconde guerre mondiale.

 

 

 

(1) L’affaire WEIDMANN, par Roger COLOMBANI

(2) Pour comparaison, en 1937, un kilo de beurre coûte 16 francs 15, le beefsteak 23 francs 75 le kilo, le pain 1 franc 80, et le Journal hebdomadaire Détective 1 franc 50. Et, très rapidement, ces prix vont terriblement augmenter.

(3) La monstrueuse affaire WEIDMANN, Histoire sociale, de Georges Oubert, Max Roussel et Marcel Guillaume, Editions DENOËL, 1939 (ouvrage épuisé)

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Dans l’affaire WEIDMANN la foule n’est pas présente là où on la décrit habituellement.

La foule est bien présente tout au long de ce que l’on a nommé l’affaire WEIDMANN.

On venait voir la maison du tueur en promenant le chien, ou bien encore le dimanche avec ses enfants, et à chaque sortie de prison pour une reconstitution les gens se pressaient pour au moins entrapercevoir celui dont les journaux parlaient tant, en cette période troublée d’avant –guerre.

Les photos, les articles qui ont fait de cette affaire un véritable feuilleton pour que les lecteurs achètent leurs journaux, dans la hâte des journalistes à créer du sensationnel vont avoir une conséquence étonnante. En effet, celle-ci va entraîner nombre d’erreurs sur ce que l’on va raconter. Jusqu’au très sérieux ouvrage le Quid qui, encore actuellement, le prénomme Charles plutôt qu’Eugen, le confondant avec un danseur américain qui fut son contemporain. Cela ne manque pas de piment quand on sait qu’il a commencé sa carrière de tueur en étranglant une jeune danseuse américaine. On en fait un gaucher ce qui n’est pas sans importance puisqu’il existe toute une discussion pour savoir si l’impresario LEBLOND a été tué par la balle tirée par un droitier ou par celle tirée par un gaucher. Mais le gaucher c’est en fait MILLION, les analyses graphologiques de l’écriture de WEIDMANN n’en font absolument pas état.

Les journaux parlent longuement de lui, de sa famille, « de ses amis », comme ils disent, avançant des arguments parfois totalement fallacieux, évoqués dans un journal et retranscrits ensuite dans d’autres qui n’avaient pas plus vérifié leurs sources d’information que leur collègues. Un personnage « WEIDMANN » est ainsi créé, que l’on voudra venir voir à son procès, personnage que d’aucuns et surtout d’aucunes trouvent fort séduisant, lui envoyant en prison des fleurs et des lettres passionnées. « Elles sont folles » commentera WEIDMANN auprès de son avocate Renée JARDIN.

Mais lors de son exécution il y aura bien sûr quelques personnes, venues en goguette, retenues à distance de la guillotine par un cordon de Police, mais cette foule modérée ne fera pas scandale comme on l’a dit. D’ailleurs où aurait on pu mettre 20 000 personnes sur la petite place Louis BARTHOUX devant la prison Saint Pierre, à 50 mètres de la guillotine comme le voulait la réglementation en vigueur.

Il n’y a pas eu de confusion possible entre l’heure d’hiver et l’heure d’été puisque cette dernière était depuis deux mois déjà en vigueur. Le couperet est tombé à l’heure prévue sur les laisser passer des avocats. Et si quelques bouchons de champagne ont bien sûr dû sauter aux fenêtres des hôtels voisins, les films tournés par des amateurs inconnus qui se sont installés dans des lieux privés pour braver l’interdiction de filmer des exécutions dans des lieux publics, ne montrent pas plus de foule que de femmes venues tremper leur mouchoirs dans le sang du condamné se constituant ainsi des reliques sensées leur apporter bonheur en amour et fertilité ce qu’a immortalisé Claude CHABROL dans son film Les bonnes femmes.

L’auteur du livre « le métier du bourreau » Jacques DELARUE, que j’ai rencontré, me l’a confirmé. Et Paul RENAUDON qui pourtant a mitraillé pas à pas l’avancée du condamné vers la machine de mort, réalisant une série de photos qui seront plus tard publiées dans Life version Oversea, n’a fait strictement aucune photo de cette foule. Même celle qui représente en finale deux hommes en train de démonter la guillotine ne montre pas les tricoteuses assoiffées du sang humain légalement répandu.

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L’arrestation d’un certain KARRER qui se trouve être Eugen WEIDMANN

Le patronyme WEIDMANN fort répandu outre Rhin signifie en allemand ancien « Chasseur » et il se présentera à sa première victime, la danseuse américaine Jean de KOVEN comme se nommant « HUNTER » traduction littérale de son nom véritable. Depuis l’affaire du même nom, le nom de famille WEIDMANN est pour certain le représentant d’un nom de meurtrier. Pourtant le prénom Eugen d’origine grecque, que lui avaient donné ses parents signifie, « le bien né », ce qui ne s’applique vraiment pas à l’histoire d’Eugen WEIDMANN. Celui-ci ne correspondra malheureusement pas au désir dont ses parents l’avaient fait porteur, peut être même sans le savoir eux-mêmes, en lui donnant ce prénom.

L’histoire d’Eugen WEIDMANN telle qu’elle est racontée par les journaux de l’époque est émaillée de contre-vérités dans le récit qui en est fait aussi bien que d’actes manqués réalisés par l’intéressé lui-même. Impossible de tous les reprendre dans le cadre de cet article.

Il a été arrêté le 8 décembre 1937 pour le meurtre d’un agent immobilier de la Celle Saint Cloud, Raymond LESOBRE. De son arrestation, il est lui-même en partie responsable par ce que les psychanalystes appelleraient un acte manqué : il avait laissé à cet agent immobilier, lors d’une première visite, une carte de visite portant le nom d’Arthur SCHOTT, un oncle d’un de ses anciens compagnons de prison Fritz FROMMER. Seul indice aux mains des policiers, la piste est assez rapidement remontée car Arthur SCHOTT a un alibi sans faille : Représentant en lingerie féminine il prospectait à l’époque en Alsace. Mais ses cartes de visites étaient de fabrication récente, et il n’en avait donné que quelques exemplaires dont une à son neveu. La police se rend au domicile parisien de FROMMER pour découvrir qu’il a disparu. C’est en fait une autre des victimes de WEIDMANN, mais on ne le saura que plus tard.

« L‘assassin aux yeux de velours » ou « le monstre de La Voulzie » ou bien encore  « the Landru’s successor » comme le dénommeront les journaux de l’époque, ce jeune homme de 29 ans, brun aux yeux bleus, de taille moyenne mais avec une certaine prestance et un visage emprunt de douceur, Eugen est connu au moment de son arrestation sous le nom de KARRER, nom sous lequel il a loué la Voulzie, la maison où il habite depuis quelques mois à la Celle Saint Cloud.

Deux inspecteurs de Police Emile BOURQUIN et Ange POIGNANT, de la première Brigade Mobile, sont venus examiner cette maison isolée, qu’un cabinet de la Celle Saint Cloud louait depuis juin à un jeune allemand. Et dans le jardin ils ont vu deux voitures dont une Renault Celtaquatre qui ressemble beaucoup à celle de LESOBRE disparue en même temps que son propriétaire. De plus ces deux voitures se trouvent avoir toutes les deux exactement les mêmes plaques d’immatriculation. Les deux inspecteurs, n’ayant pas de mandat de perquisition attendent leur chef l’inspecteur PRIMBORNE devant la maison qui paraît vide.

Vers 14 heures 30, un homme passe dans la rue. D’allure tranquille il se paye même le luxe d’aborder lui-même le policier en lui demandant :

« Vous cherchez quelque chose ? »

– Monsieur KARRER, répond le policier,

– C’est moi, que puis-je pour vous ? »

Les policiers sont pris de court, ils prétendent être des agents de contributions directes et ils demandent à rentrer, disant vérifier si les contribuables du quartier sont imposables. Piètre motif, que WEIDMANN ne peut pas ne pas avoir déjoué. Pourtant, il accepte de les laisser entrer, et vient se placer le dos contre la baie qui donne sur la rue. Les inspecteurs sortent leur  carte de Police, et demandent à WEIDMANN de justifier de son identité. Mais après avoir plongé la main dans sa poche il sort un révolver. Deux coups partent puis un troisième, mais seul le chapeau de POIGNANT resté sur sa tête, est réellement touché et traversé par une balle. Deux autres coups seront encore tirés et tout le monde se demandera jusqu’à la fin du procès comment dans un si petit espace personne n’avait été grièvement blessé dans une telle fusillade. Les policiers ne sont pas armés, l’un d’eux de la stature d’un rugbyman maintient WEIDMANN qui se débat comme un forcené et c’est finalement avec un marteau de tapissier qui se trouvait là par hasard que l’inspecteur BOURQUIN parviendra à assommer le soit disant « KARRER ».

Si j’ai raconté en détail la scène de cette arrestation c’est que plusieurs questions se posent à son propos : pourquoi WEIDMANN a t-il de lui-même abordé le policier au lieu de passer tranquillement son chemin ? Se pensait il intouchable ? A t-il voulu épargner un complice ? Il en sera beaucoup question durant les premiers jours du procès mais les inspecteurs assureront que toutes les fenêtres étaient fermées de l’intérieur et qu’il était impossible que quelqu’un se soit échappé pendant la bagarre, comme WEIDMANN l’a prétendu après son arrestation.

Il est encore aujourd’hui difficile d’y répondre mais après avoir pris connaissance du déroulement de la courte vie de cet homme, il est clair qu’il présente une véritable mythomanie, exposant son imaginaire comme s’il s’agissait de la réalité mais celle-ci est souvent déguisée par son esprit prolixe qui tend à se conformer à ce qu’il suppose que son interlocuteur attend de lui. Ce que l’on a dès sa scolarité décrit comme des « rêves de grandeur », expression de sa toute puissance narcissique, peut tout à fait lui avoir donné confiance dans sa capacité à déjouer la machinerie policière. D’autant que les crimes qu’il avait commis en France dans les mois précédents n’avaient pu être élucidés et qu’il pouvait penser que les choses continueraient de la même façon.

Peut être aussi, a t-il cherché à prévenir par le bruit des coups de feu son ami Léon MOULY qui apparaît et disparaît au fil des emprisonnements de WEIDMANN et qui habitait à deux rues de là. Personnage louche qui fournissait des passeports et écoulait le produit de cambriolages, son rôle dans cette affaire n’aurait il pas été minimisé ?

En tous les cas, il apparaît comme véridique qu’Eugen WEIDMANN n’avait pas l’intention de tuer les inspecteurs BOURQUIN et POIGNANT. La tentative d’homicide sur ceux ci sera cependant retenue dans le 20ième des 23 chefs d’accusation « blessures sur les 2 inspecteurs de police … avec intention de leur donner la mort ».

A son arrivée au commissariat, un médecin pensa les plaies qui n’étaient superficielles et le bandage teinté de sang lui donna un aspect répété en de multiples exemplaires à partir de la photo publiée par Paris Soir, ce que Jean Genet décrira dans son introduction de Notre Dame des Fleurs comme « la tête emmaillotée de bandelettes blanches, religieuse et encore aviateur blessé tombé dans les seigles…révélant aux bourgeois attristés que leur vie quotidienne est frôlée d’assassins enchanteurs élevés sournoisement jusqu’à leur sommeil qu’ils vont traverser, par quelque escalier d’office qui, complice pour eux n’a pas grincé… ».

Cette image accompagnera désormais GENET dans tous ses déplacements, et il en fit cadeau notamment à Jean COCTEAU.

Et Georges BERNANOS enverra en décembre 1937 une longue lettre à l’une des avocates de WEIDMANN, Renée JARDIN, où il évoquera « les admirables photographies, particulièrement celle du mardi 14 qui est .. l’image même de la solitude, d’un surnaturel abandon… »

Des remords concernant ses crimes, il ne semble pas en avoir lorsqu’il est arrêté. Pour lui « les assassinats commis ne sont pas graves puisque ses victimes n’ont pas souffert ». Cependant, les archives de la Préfecture de Police signalent dans leur enquête une anecdote surprenante, jamais reprise par les journaux. Cet évènement se situe quelques jours après l’assassinat de Jean de Koven : « fin juillet début août 1937, Eugen WEIDMANN a été demander à la secrétaire de l’Office central des Œuvres, 175 Boulevard Saint Germain à Paris, de lui poster quelques jours plus tard, à une heure précise, une lettre en allemand qu’il dit être destinée à sa mère. Ceci, après avoir demandé à cette même personne le nom de quelqu’un à qui il lui serait permis de se confier, ayant à faire une confession d’un intérêt capital. La dame lui donne l’adresse d’un prêtre, d’une mission protestante et d’un interlocuteur israélite mais elle refuse de poster la lettre si elle n’en peut lire le contenu, son fils lisant l’allemand. WEIDMANN apprend-on, « pleura longuement sur son refus définitif » et la quitta en lui disant qu’il allait se tuer.

A t-il donc un accès à la culpabilité ? il est difficile d’y répondre en n’ayant pas plus d’éléments sur cette entrevue. Mais un autre aspect de son caractère nous apparaît ici. Même si l’on ne doit pas donner un crédit absolu à cette évocation de projets suicidaires, il est clair qu’ Eugen WEIDMANN, enfant gâté par une vie petite bourgeoise dans son enfance, mais où il a été fort peu encadré et soutenu dans les efforts par son milieu familial, a des tendances dépressives, qui le conduisent à beaucoup changer de lieu de vie, dans l’espoir de se sentir mieux ailleurs. Mais cette dépression ne le quittera jamais, jusqu’au dernier soir de sa vie où il dira « être content que tout cela finisse car ainsi il ne vieillirait pas ».

D’ailleurs la première phrase du cahier rouge, les mémoires qu’il écrivit en prison parle de «  l’ennui de sa vie ».

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VERSAILLES, juin 1939, la fin de la publicité des exécutions capitales,

Communication au Colloque international de Poitiers des 8 et 9 décembre 2011
Clameurs publiques et émotions judiciaires de l’antiquité à nos jours

Je voudrais vous parler aujourd’hui du public venu assister à l’exécution d’Eugen WEIDMANN, sujet allemand qui sera en France le dernier condamné à mort à avoir été guillotiné en public, le 17 juin 1939.

Mais auparavant, je citerai un autre « étranger assassin » dont la vie s’est également terminée à 31 ans, sous le couperet de la même guillotine, le 5 mai 1923, le dernier condamné à mort à avoir été exécuté publiquement dans les Alpes Maritimes. Paul BRYSGALOFF, russe blanc, émigré d’Ukraine en février 1921, ayant vécu d’expédients quelques mois à Nice, qui après avoir assommé une femme dont il voulait dérober l’argent, va se retrouver pourchassé par toute une populace, aux cris de « Arrêtez-le ! A l’assassin ! ». Son parcours se terminera ainsi au fond d’un immeuble dans le quartier des musiciens, poursuivi « par une foule immense massée sur la Promenade des Anglais ». Le journal Le Petit Niçois décrit ainsi la scène : « La clameur en augmentant emplissait les rues du quartier ».

Durant cette course effrénée, il tuera un employé des télégraphes cherchant à l’empêcher de quitter la rue Massenet. Il sera rapidement jugé et condamné à mort. Les journaux locaux évoquent la salle d’audience qui « frémit », avec à l’annonce du verdict, « un léger bruit de stupeur (qui) s’élève de la foule qui attendait pourtant cet arrêt ». « La foule dense qui, malgré la pluie avait entouré le Palais de Justice (et) se disperse ensuite lentement… ». Un mois plus tard,. BRYSGALOFF, encadré de ses bourreaux, est guillotiné, après avoir hurlé dans sa cellule d’une manière surprenante, quelques instants plus tôt : « Vive Lénine, vive la troisième Internationale ». C’est alors que, la nuit de son exécution, la foule, dont jusque là «  la clameur contenue allait sans cesse croissant, d’un seul coup (fait) silence ».

Paul de RIQUIER, journaliste au Petit Niçois, commentera dès le lendemain d’« insupportables déchaînements de passion » : « … BRYSGALOFF a payé sa dette ». Justice est faite, « Mais ceux qui sont allés voir tomber sa tête comme à un spectacle ont commis une mauvaise action ».

Depuis son origine dans l’antiquité, la notion de Clameur Publique s’est modifiée au fil des siècles. Sa notion s’est élargie, relayée comme nous venons de le voir par les journaux, et plus récemment par la radio, la télévision, voire internet jusqu’à prendre des formes tout à fait nouvelles comme le « lynchage médiatique ».

Dans « l’affaire WEIDMANN », ce lynchage médiatique tout au long de l’instruction et du procès, va aller jusqu’à faire fantasmer par la postérité la présence à l’exécution d’Eugen WEIDMANN, d’une foule hystérique, bruyante, débordant le service d’ordre mais qui en fait n’était pas là. Il y avait au grand maximum 300 personnes devant la guillotine qui s’élevait le 17 juin 1939 au matin, place Louis BARTOU devant le palais de Justice de Versailles.

Imaginons que nous sommes ce matin-là, à Versailles, devant la prison Saint Pierre. Il est 4 heures 32 du matin.

Depuis un an et demi, les lecteurs de différents journaux se sont passionnés et ont impatiemment attendu la suite de ce véritable feuilleton. La Presse écrite s’est déchaînée pour décrire chaque étape de l’instruction, la curiosité du public a été mise en haleine.

Nul retard dans la mise en place de la guillotine, aucune confusion possible entre l’heure d’hiver et l’heure d’été puisque cette dernière était depuis deux mois déjà en vigueur. Le couperet tombe à l’heure prévue, mentionnée sur les laisser passer des avocats, je l’ai vérifié dans les archives de Renée JARDIN. En quelques secondes un homme meurt, décapité au nom de la loi. Et l’on dit que quelques bouchons de champagne auraient au même instant sauté bruyamment de leurs goulots aux fenêtres des hôtels voisins.

On avait appris la veille après-midi, le refus de la grâce présidentielle pour Eugen WEIDMANN, tandis que celle-ci était accordée à son complice Roger MILLION. C’est ainsi que les condamnés ont, eux aussi, entendu la décision d’Albert LEBRUN par la radio du café voisin.

Divers spectateurs amassés dans la soirée sur la place Louis BARTHOU y ont passé la nuit. Mais surtout aux fenêtres qui surplombent cet espace, voire même aux soupiraux des caves de l’autre côté de la place sont venus s’installer des photographes et au moins deux cameramen, bravant ainsi en s’installant dans des lieux privés, l’interdiction de filmer des exécutions dans des lieux publics.

Que fait alors Eugen WEIDMANN ? Il lit l’Imitation de Jésus Christ car, en prison, il a retrouvé la foi de son enfance. Il attend son exécution très calmement, déclarant être déjà « loin de tout cela », et « content de ne pas vieillir ».

Mais, si lui est très calme, certains journaux comme Paris Soir évoqueront dès le lendemain une foule en goguette toute la nuit sur le lieu de l’exécution, tandis que d’autres ne l’annonceront que par un très court entrefilet : « Weidmann a expié ». D’autres encore écriront que durant la mise en place des bois de justice, « parfois des rumeurs s’élevaient dans le public, mais en dehors de l’arrestation de trois individus qui se montraient plus bruyants -arrestations d’ailleurs non maintenues – aucun incident ne se produisit ».

Pourtant les photos prises par les journalistes et publiées dans les journaux nationaux et étrangers conduiront, dit-on, Edouard DALADIER, alors président du Conseil, à demander la suppression de la publicité des exécutions capitales. Il ne voulait surtout pas fâcher les allemands en cette période troublée, et le fait que l’image de la France à l’étranger soit ainsi décriée ne lui plaisait pas.

Il faut dire que l’exécution de WEIDMANN avait intéressé la presse fasciste et l’historienne Annie LACROIX-RIZ, m’a signalé dans le journal Il regime fascista du 19 juin 1939, un article intitulé « Dépravation française », déclarant, à propos des évènements du petit matin de l’avant veille,  que « la France de Zay, de Blum, de Verdier et de tous les plus abjects rabbins perd chaque jour la notion du sens moral […] des hommes et des femmes en costumes de série se pressaient autour de la guillotine ».

Marcel, témoin anonyme qui y a assisté à l’âge de quinze ans, racontera soixante-deux ans après, son souvenir de « la foule qui retient son souffle » un instant avant l’instant fatal, et « le bruit lourd et sec du couperet qui tombe ». Puis des femmes qui « se précipitent pour tremper leur mouchoir dans le sang » du condamné aux cris de « il a tué, il a payé ». Effectivement, on a coutume d’évoquer la présence de femmes venues tremper leurs mouchoirs dans le sang du condamné, se constituant ainsi des reliques sensées leur apporter bonheur en amour et fertilité, ce qu’a immortalisé Claude CHABROL dans son film « Les bonnes femmes ».

Maître Jean RAOULT, un des avocats de WEIDMANN, n’a jamais démenti leur existence auprès de son fils. Mais je n’ai trouvé aucune photo de ces femmes qui, si elles ont existé, sont peut être intervenues, après le nettoyage et le démontage de la guillotine, les reporters étant déjà partis vers leurs rédactions pour que les photos paraissent dans le journal du jour.

Pourquoi parler d’Eugen WEIDMANN à propos de réflexions autour de la clameur publique ?

Ce n’est pas la foule qui, comme pour BRYSGALOFF, a permis son arrestation le 9 décembre 1937, mais une enquête minutieuse de la Police Judiciaire à propos de son dernier crime, l’assassinat de l’agent immobilier LESOBRE. Ses crimes précédents n’avaient pas été élucidés et ils ne lui seront imputés qu’au cours de son interrogatoire par le Juge d’Instruction.

WEIDMANN ayant tué de sang froid au moins cinq personnes, voire six, il paraissait difficile qu’il échappe à la peine capitale. Et son propre père, dès son arrestation, déclarera à son épouse et à leurs amis que pour lui « leur fils est déjà mort ». C’est cette argumentation qui soutiendra le feuilleton journalistique, et attirera la foule à chaque sortie de cellule de l’assassin au regard de velours. On venait voir la maison du tueur en promenant le chien ou ses enfants, ou bien encore observer les diverses reconstitutions, dont celle qui eut lieu à la Caverne des Brigands dans la forêt de Fontainebleau où avait été enterrée Jeanine KELLER, une de ses victimes.

Les effets d’annonces journalistiques concernant cette affaire criminelle, se sont ainsi quasi quotidiennement déployés dès l’arrestation d’Eugen WEIDMANN jusqu’à son procès, et au delà de celui-ci, jusqu’à la veille même de son exécution. On a ainsi assisté à une véritable clameur médiatique, sinon publique, puisque relayée par le support journalistique, destinée à augmenter le tirage papier et l’audimat de quelques émissions radiophoniques.

Cette hâte à créer du sensationnel va avoir une conséquence étonnante. Elle va entraîner nombre d’erreurs sur ce que l’on va raconter et évoquer comme digne d’intérêt pour appâter le lecteur. Jusqu’au très sérieux ouvrage « Le quid » qui, encore actuellement, le prénomme « Charles » plutôt qu’ « Eugen », le confondant avec un danseur américain qui fut son contemporain.

Le 9 décembre 1937, plusieurs grands quotidiens français, Paris Soir en tête, suivi de près par l’Intransigeant, et des journaux étrangers comme le Frankfurter Zeitung ou le Daily Miror et bien d’autres encore vont annoncer l’arrestation puis la mise sous les verrous de celui que l’on appellera très vite le Monstre de la Voulzie, du nom de la villa qu’il avait louée à la Celle Saint Cloud. Les journaux vont ensuite longuement parler de lui, de sa vie, de sa famille, de ses amis, avançant parfois des arguments totalement fallacieux, évoqués dans un journal et retranscrits ensuite dans d’autres qui n’avaient pas plus vérifié leurs sources d’information que leurs collègues. Détective lui  consacrera plusieurs numéros, Match publiera des photos de sa famille… construisant ainsi un personnage que d’aucuns et surtout d’aucunes vont trouver fort séduisant, malgré tous les meurtres qu’il reconnaît avoir commis.

D’ailleurs, un des articles que Paris Soir lui a consacré quelques jours après son arrestation a inspiré Georges BERNANOS qui a envoyé en décembre 1937, une longue lettre à Renée JARDIN, pour évoquer « les admirables photographies…particulièrement celle du mardi 14 qui est… l’image même de la solitude, d’un surnaturel abandon… ».

La photo de WEIDMANN, la tête enrubannée de bandages après avoir été assommé à coups de marteau de tapissier durant son arrestation, deviendra un fétiche pour Jean GENET qui la décrira dans son introduction à « Notre dame des fleurs » :  « … tête emmaillotée de bandelettes blanches, religieuse et encore aviateur blessé, tombé dans les seigles… Son beau visage multiplié par les machines s’abattit sur Paris et sur la France, au plus profond des villages perdus, dans les châteaux et les chaumières, révélant aux bourgeois attristés que leur vie quotidienne est frôlée d’assassins enchanteurs élevés sournoisement jusqu’à leur sommeil qu’ils vont traverser, par quelque escalier d’office qui, complice pour eux n’a pas grincé. Sous son image éclataient d’Aurore ses crimes : meurtre 1, meurtre 2, meurtre 3 et jusqu’à six, disaient sa gloire secrète et préparaient sa gloire future. » Cette image accompagnera désormais GENET dans tous ses déplacements.

Ces photos, et les articles qui les ont accompagnées, amèneront les spectateurs à faire la queue pour entrer au Palais de Justice et se ruer pour avoir une place afin d’assister au spectacle le plus original de la saison et qui, pour cause, n’aurait pas de reprise, c’est-à-dire au procès de celui pour qui l’escalier avait cette fois terriblement grincé. Depuis son arrestation, Eugen WEIDMANN était devenu un « homme célèbre », dont les journaux parlaient beaucoup.

Au Procès, la Presse et les actualités cinématographiques seront présentes : on leur avait mis en place nombres de cabines téléphoniques temporaires dans le hall du palais de Justice pour qu’ils puissent joindre leurs rédactions. Cette fois, la foule était bien là, et les photographes fixeront leurs visages réjouis, plastronnant devant l’objectif. COLETTE, la romancière qui avait demandé à Pierre LAZAREFF de couvrir l’événement pour Paris Soir, Maurice CHEVALIER qui allait dans quelques jours participer au tournage de « Pièges », le film réalisé par Robert SIODMAK, et d’autres spectateurs anonymes … ravis d’avoir pu prendre place dans ce public restreint.

Ce sont les journaux les premiers qui évoqueront la soit disant foule ayant assisté à son exécution : « Dans les cafés éclairés se tasse une foule répugnante, qui gouaille en dévorant des sandwiches. C’est une espèce de goguette immonde qui a des relents de frites. Les visages sont blêmis d’insomnie. Des hommes à la chemise ouverte sur le cou et à la molle dégaine, quelques noceurs et quelques filles trop fardées forment des groupes qui se heurtent à la Police. Ce sont des bousculades, des clameurs, des coups de sifflet… ».

Pourtant Jacques DELARUE et Jean Yves LE NAOUR le confirment : il n’y avait pas plus de 300 personnes devant ce spectacle macabre. A l’opposé, trente ans auparavant, l’afflux de voyeurs lors de la quadruple exécution à Béthune des chefs de la Bande à POLLET, qui fut à l’origine de la première censure du cinéma, avait nécessité une autorisation municipale exceptionnelle d’ouverture la nuit durant des cafés de la ville pour loger une incroyable foule de français mais aussi de touristes européens, et au siècle précédent, TOURGUENIEV mêlé à la foule de gens assoiffés de sang qui braillaient, chantaient, hurlaient le 18 janvier 1870, lors de l’exécution de Jean Baptiste TROPPMANN, avait déjà remarqué deux hommes qui, après l’exécution, trempaient leurs mouchoirs dans le sang filtrant à travers les fentes du plancher supportant alors la guillotine.

Cependant, ce déploiement d’articles dans les journaux aura une conséquence paradoxale : les récits concernant les comportements de la foule à l’occasion de cette exécution continuent de nos jours à faire débat sur leur authenticité et participent à la mythification de cette exécution. De quoi s’agit-il réellement ?

Paul RENAUDON, jeune photographe pour Paris Soir est installé depuis le 16 juin au soir dans une chambre au dernier étage de l’hôtel qui jouxte la prison. Il se tient en retrait pour qu’on ne le voie pas, nous dit Roger COLOMBANI. Il « mitraillera »  pour son rédacteur en chef, l’avancée du condamné pas à pas, dès son apparition à la porte de la prison, jusqu’à l’instant ultime. Ses photos seront publiées quelques jours plus tard pour certaines dans Match et pour leur totalité dans Life, version Oversea dont elles occupent deux pages entières …

Mais on ne connaît point de clichés de « la foule » qu’il est censée voir depuis sa fenêtre. Pourquoi ? Ont elles été supprimées ou n’ont elles jamais existé ? Quant à la photo la plus connue de l’exécution, le recadrage habituel du cliché d’origine donne l’illusion d’un grand nombre de spectateurs que l’on imagine hors champ alors que la rue est en fait presque vide.

Par ailleurs, trois films (tournés par des amateurs inconnus) des quelques secondes qui ont été nécessaires ce 17 juin 1939 pour mettre à mort un homme ont circulé quelques mois sur You Tube. L’un de ces films, vraisemblablement pris depuis une fenêtre au premier étage du bâtiment de la Préfecture de Versailles, c’est à dire de l’autre côté de la place Louis BARTHOU par rapport à la guillotine, montrait une foule d’ampleur modérée se réunissant tranquillement à l’écart des barrières dressées par le service d’ordre, mais cette vidéo a été supprimée pour « infraction aux conditions d’utilisation de You Tube ». Que lui reproche t-on ? Alors que les 5 minutes d’un montage vidéo incluant parmi des photos d’autres exécutions les quelques secondes de la chute du couperet sur le cou de WEIDMANN, filmées depuis une fenêtre d’un café situé à l’angle de la rue Clémenceau, sont toujours visibles. Ce montage inclut un travelling sur une photo de quelques personnes massées derrière les barrières du service d’ordre, qui donne une fois encore l’impression d’une foule qui est finalement bien clairsemée lorsqu’elle est photographiée en plongée, depuis les fenêtres d’un immeuble voisin.

On se demande d’ailleurs, quand on connaît les lieux, où auraient pu se mettre 20 à 30 000 personnes comme il a pu être dit, tout en restant à 50 mètres des bois de justice comme l’exigeait la réglementation. Et la seule photo connue du démontage de la guillotine ne comporte que deux hommes en train d’œuvrer à cette opération délicate.

Mais où est donc au petit matin du 17 juin 1939, la foule qui aurait fait dire à Edouard DALADIER : « J’ai honte pour mes concitoyens des scènes qui se sont déroulées à Versailles, je ne veux plus qu’elles se renouvellent » ? Aucune image n’en est restée, pas plus celles d’un nombre élevé de personnes présentes à l’exécution, que celles des exactions qu’on leur attribue. Les quelques témoins du spectacle macabre, apparaissant sur les diverses photos que j’ai pu consulter, semblent bien calmes et seulement venues voir un divertissement inhabituel.

Pourtant le président du Conseil demandera à son ministre de la justice Paul MARCHANDEAU, un rapport sur la conduite de la foule à cette occasion. Et une semaine plus tard, le 24 juin 1939 très exactement, le gouvernement, réuni en conseil extraordinaire, adopte sans délai un décret-Loi qui interdira désormais toute publicité des exécutions capitales, sous le prétexte que le comportement de la foule a été indécent lors de l’exécution d’Eugen WEIDMANN. Les têtes tomberont désormais dans les enceintes des prisons, en présence du directeur de l’établissement pénitentiaire, d’un prêtre, d’un médecin et des avocats du condamné. Aucune indication, aucun document relatif à l’exécution, autre que le procès verbal, ne pourront être publiés par la voix de la Presse sous peine d’une amende de 100 à 2000 francs. Effective dès le 19 juillet suivant, cette mesure à partir de 1951, sera suivie d’une autre. La Presse ne pourra plus commenter les exécutions capitales, seul un avis laconique sera désormais affiché pendant 24 heures, à la porte de la Prison. Mais demeure la surinformation concernant les affaires criminelles qui, poussée à son extrême, subsiste dès l’arrestation jusqu’au procès et au delà de celui-ci, avec l’amplification que donne de nos jours la télévision et internet. C’est bien ce qui permet de parler de lynchage médiatique.

En juin 1939, fallait-il donc à tout prix mettre l’accent sur le comportement de la foule au moment de l’exécution pour en interdire officiellement la publicité et la vision au public ? Ne pouvait on se contenter du constat que la présence d’une foule importante à son procès et non pas à son exécution était tout simplement l’aboutissement d’une longue histoire, celle des délits commis par l’assassin et que les journaux avaient décrite, avec de nombreux détails plus ou moins romancés, dès son arrestation ?

La guerre arrive et lors de son exécution WEIDMANN, l’allemand plusieurs fois assassin, ne fait déjà plus la une des journaux. Un simple entrefilet le plus souvent signale que « tout est fini » pour lui, et il faudra trente ans pour que paraisse le premier ouvrage sérieux sur cette histoire, celui de Roger COLOMBANI. Quant aux films qui ont été tournés lors de son exécution, qui en a eu connaissance à l’époque ? Car pour nous, c’est le nouveau media qu’est internet qui les a diffusés récemment. Et quels en sont les auteurs ?

Le fait que l’on soit à quelques semaines du déclenchement de la seconde guerre mondiale n’est certainement pas pour rien dans la grâce refusée par le Président de la République, de même que dans l’intérêt manifesté par les spectateurs.

Que veut donc la foule lorsqu’elle accompagne chacune de ses sorties de prison ?

Elle se demande comment on peut commettre des actes violents monstrueux en incarnant par son physique la plus grande banalité d’un homme séduisant de 31 ans. Aussi elle veut entendre, éventuellement toucher mais surtout voir celui qui s’est mis par ses actes criminels à part de la société des hommes.

Qu’est-on venu voir au procès d’Eugen WEIDMANN ?

– L’étranger et tout particulièrement l’allemand c’est à dire l’homme d’un pays avec lequel on est sur le point d’entrer en guerre. C’est ainsi que les jurés vont avoir une autorisation spéciale pour ne pas être mobilisés immédiatement si la guerre devait être déclarée avant la fin du procès.

– Le « bel allemand », « le meurtrier aux yeux de velours » que les journaux ont décrit comme un beau ténébreux et à qui les femmes ont envoyé des lettres d’amour en prison.

– Celui dont la presse a fait un espion envoyé par la Gestapo pour déstabiliser les milieux immigrés en France, ce qui ne sera jamais prouvé réellement.

– Celui qui a osé transgresser les lois de la société sans en ressentir à priori de culpabilité.

Eugen WEIDMANN va ainsi occuper une place très particulière : il est à la fois rejeté de la société qui l’a condamné à mort mais il est aussi considéré comme ayant des pouvoirs particuliers puisque son sang lorsqu’il sera légalement répandu pourrait rendre les femmes fertiles et leur apporter chance et bonheur en amour.

C’est ainsi que dans la société humaine, certains individus comme WEIDMANN ont été jusqu’à commettre des crimes envers leurs semblables. Que d’autres vont s’ériger en juges. Et que d’autres encore ont pu faire du récit de son exécution un véritable spectacle. Mais, si l’on s’intéresse au fonctionnement de l’Inconscient, tous ces comportements paraissent sous tendus par les mêmes pulsions violentes présentes chez chacun d’entre nous. La foule en tant que communauté se voulant « bien pensante » expurge les pulsions agressives de chaque individu pris isolément.

La clameur publique apparaît ainsi amplifiée par les médias qui font, que réunies derrière un modèle de pensée qu’on lui propose de manière détaillée, et formatée, chaque personne prise individuellement se pense protégée par l’anonymat de la foule, évitant ainsi de se poser la question fondamentale de la violence propre à chaque existence humaine ; et que le récit de l’exécution d’Eugen WEIDMANN déborde largement la réalité de celle-ci, en se conformant aux récits d’exécutions antérieures, comme celle de Jean Baptiste TROPPMANN ou celle de Béthune dont nous avons déjà parlé plus haut.

Un philosophe allemand contemporain de WEIDMANN, Walter BENJAMIN explique qu’en interdisant la violence, le droit cherche à se protéger lui-même : « On trouve dans cette hypothèse, une confirmation plus éclatante si l’on songe que très souvent déjà la figure du « grand criminel », si répugnants que fussent ses buts, a provoqué la secrète admiration du peuple…, non pour son acte mais pour la violence dont il témoigne… »

L’idée était dans l’air depuis une bonne cinquantaine d’années. Mais le moment était « venu pour réaliser cette réforme désirable à tous les regards » comme l’écrira Edouard DALADIER au Président Albert LEBRUN. Notons tout de même à ce propos que c’est au moment où le Cinéma prend son essor avec, en particulier l’apparition des actualités Pathé en 1909, que la censure interdit de filmer les exécutions qui ont toujours lieu en public à cette époque. Et que c’est au moment où la Presse écrite est florissante et devient de plus en plus illustrée que l’on ne lui reconnaît plus le droit d’assister et donc de décrire le spectacle de celles-ci. WEIDMANN eut ainsi le redoutable honneur d’avoir été le dernier guillotiné en public, sans pour autant que ses dernières secondes de vie aient été l’occasion du scandale que l’on décrit le plus souvent.

Dr Catherine CARRE-ORENGO

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